Comprendre la zone de rusticité d'une plante
Chaque plante porte un chiffre : zone 3, zone 4b, zone 5. C'est une information utile, mais souvent mal comprise. Voici ce que la zone de rusticité veut dire, ce qu'elle ne dit pas, et comment l'adapter à votre terrain.
Ce que la zone veut dire
La zone indique le froid qu'une plante peut supporter l'hiver. Elle se base sur la nuit la plus froide d'un hiver ordinaire, pas sur le froid moyen de l'hiver. Certains hivers sont donc plus froids que ce que la zone prévoit.
La zone ne tient pas compte de plusieurs choses qui comptent autant que le froid :
- le drainage de votre terrain (une terre qui garde l'eau) ;
- le vent ;
- la quantité de neige ;
- les redoux et le dégel de la fin de l'hiver.
Deux cartes, deux chiffres différents
Il existe deux systèmes de zones :
- l'échelle américaine, utilisée dans presque tous les catalogues, même canadiens. Elle tient compte seulement du froid ;
- la carte canadienne, qui tient compte aussi de la neige, du vent, de la chaleur de l'été et de la longueur de la saison.
Pour un même endroit, la carte canadienne donne souvent un chiffre plus élevé, d'une demi-zone à une zone complète. Ressources naturelles Canada donne les deux chiffres pour votre adresse sur le site planthardiness.gc.ca. Notez les deux, et choisissez vos plantes selon le chiffre le plus bas.
Que veulent dire les lettres a et b ?
Chaque zone est séparée en deux : « a » est la moitié la plus froide, « b » la moitié la plus douce. Une plante donnée pour la zone 4b n'est donc pas assurée de survivre en zone 4a.
Plus froid ou plus doux ?
Une plante supporte sa zone et toutes les zones plus douces. Une vivace de zone 3 passe sans problème l'hiver en zone 5. L'inverse est risqué : un arbuste de zone 5 planté en zone 3 survivra peut-être à quelques hivers doux, mais un hiver plus froid finira par le tuer.
Attention, la première année, une plante est plus fragile que son chiffre : ses racines ne sont pas encore bien installées. Pour l'aider :
- plantez les arbres et arbustes avant le début d'octobre, et les vivaces avant la mi-septembre ;
- arrosez jusqu'à ce que le sol gèle ;
- protégez-la ce premier hiver, même si la zone est bonne.
Votre terrain peut avoir sa propre zone
La carte donne la zone d'une région, pas celle de votre cour. Selon l'endroit, votre terrain peut gagner ou perdre jusqu'à une zone.
- Au pied d'un mur exposé au sud, on gagne souvent une demi-zone, parfois une zone complète : le mur garde la chaleur du soleil et la rend la nuit. Mais cette chaleur peut réveiller la plante trop tôt en février, et le gel suivant l'abîme. C'est aussi souvent l'endroit le plus sec du terrain, surtout sous le bord du toit.
- Dans un creux, on perd une zone : l'air froid descend et s'y accumule. Ces endroits gèlent plus tôt à l'automne et plus tard au printemps.
- Dans un endroit venteux où la neige ne reste pas, on perd aussi une zone. Sous 30 cm de neige ou plus, le sol reste près de 0 °C même quand il fait beaucoup plus froid dehors. Sans neige, le froid entre directement dans le sol.
En pot, les racines gèlent plus facilement
Les racines supportent beaucoup moins le froid que les branches. Les branches d'un arbuste de zone 4 supportent environ −30 °C, mais ses racines peuvent être abîmées dès −10 à −15 °C. En pleine terre, le sol et la neige les protègent. Dans un pot sur une terrasse, elles ont aussi froid que l'air.
Pour une plante en pot qui reste dehors toute l'année :
- choisissez une plante d'au moins deux zones plus froides que la vôtre (zone 3 si vous êtes en zone 5) ;
- protégez le pot. Un gros pot de 50 litres et plus, placé contre un mur, peut suffire. Un pot plus petit doit être enterré, couché contre un mur au nord, ou regroupé avec d'autres pots et recouvert ;
- arrosez à fond avant que le sol gèle, et vérifiez l'humidité pendant les redoux. Une plante en pot peut mourir de sécheresse l'hiver sans jamais avoir gelé.
Ce qui tue les plantes l'hiver, à part le froid
Une plante rustique bien couverte de neige passe janvier sans problème. Les vrais dangers sont ailleurs :
- Les redoux suivis d'un grand froid. Quelques jours doux réveillent la plante. Le grand froid qui suit la surprend sans défense.
- Trop d'eau. Dans une terre détrempée pendant les redoux, les racines manquent d'air et pourrissent. La lavande, la santoline et le thym meurent plus souvent noyés que gelés : ils ont besoin d'un sol qui draine bien.
- Le vent sur les conifères. Le cèdre, l'if et le buis perdent de l'eau par leurs feuilles tout l'hiver, mais le sol gelé ne leur en donne plus. Leur feuillage brunit du côté du vent. Arrosez-les abondamment à la fin d'octobre, avant que le sol gèle, et posez un écran de jute sur des piquets du côté du vent. Pas de plastique, et la jute ne doit pas toucher le feuillage.
- Les rongeurs. Sous la neige, les campagnols et les mulots rongent l'écorce des jeunes tiges tout autour ; au-dessus, c'est le lièvre. Une tige rongée tout le tour meurt. Posez une spirale de plastique ou un grillage à mailles de 6 mm avant que le sol gèle, assez haut pour dépasser la neige de 60 à 80 cm.
- L'écorce qui fend. Sur un jeune arbre à l'écorce mince, le soleil de février réchauffe le tronc le jour, puis il gèle la nuit, et l'écorce fend. Protégez le côté sud-ouest du tronc avec une toile blanche, un protège-tronc pâle ou une planche, les trois ou quatre premières années.
- Le soulèvement des plants. Le gel et le dégel peuvent soulever les jeunes plants hors du sol. Mettez du paillis seulement quand le sol est gelé en surface, souvent fin novembre ou début décembre. Posé trop tôt, il garde le sol tiède et attire les campagnols. Mettez-en 5 à 10 cm, en laissant une dizaine de centimètres libres autour de la tige.
Survivre ne veut pas dire fleurir
Chez certaines plantes, le bois supporte l'hiver mais les boutons de fleurs, formés l'été d'avant, gèlent. C'est le cas de l'hortensia à grandes feuilles, du forsythia, du rhododendron à grandes feuilles et des rosiers greffés. La plante repousse de la base et reste verte, mais ne fleurit pas. Les boutons qui restent sous la neige, eux, sont protégés.
La zone est une indication, pas une garantie
Le chiffre de zone vient de l'observation d'hivers ordinaires. D'un catalogue à l'autre, la même plante est parfois donnée avec une demi-zone, voire une zone d'écart. Une plante cotée pour une zone plus froide que la vôtre n'a rien à craindre de l'hiver : il lui reste à trouver le bon sol et la bonne exposition. Une plante cotée pour une zone plus douce que la vôtre est un pari : possible au pied d'un mur au sud, dans un sol qui draine bien, mais presque perdu d'avance dans un creux venteux.
En résumé
- La zone indique la nuit la plus froide d'un hiver ordinaire. Elle ne dit rien du drainage, du vent, de la neige ni des redoux, qui comptent autant.
- La carte canadienne donne souvent un chiffre plus élevé que l'échelle américaine des catalogues. Vérifiez les deux sur planthardiness.gc.ca et choisissez selon le plus bas.
- Une plante supporte sa zone et les zones plus douces. Protégez-la quand même le premier hiver.
- Votre terrain compte : un mur au sud aide, un creux ou un endroit venteux sans neige nuit. En pot, prévoyez deux zones de marge et une protection.
- Survivre ne veut pas dire fleurir.

