Bien arroser : moins souvent, mais plus longtemps
Un jardin qui reçoit un peu d'eau tous les jours est un jardin qui a soif. Mieux vaut arroser moins souvent, mais longtemps : l'eau descend en profondeur, et les racines la suivent.
Pourquoi arroser longtemps plutôt que souvent
Un petit arrosage mouille seulement les 3 ou 4 premiers centimètres du sol. Or, les racines poussent là où il y a de l'eau. Si l'eau ne descend jamais à 20 cm, les racines restent en surface, là où le sol chauffe et sèche le plus vite. Résultat : vous arrosez tous les jours, et la plante fane quand même pendant une canicule.
Avec un arrosage abondant et moins fréquent, l'eau descend en profondeur. La surface sèche, et les racines descendent chercher l'eau jusqu'à 20 ou 30 cm. Visez cette profondeur à chaque arrosage : par exemple, 10 à 20 litres versés lentement pour un arbuste planté cette année.
Ajoutez du paillis pour garder cette eau dans le sol. 5 à 8 cm de paillis réduisent l'évaporation de moitié et empêchent la surface de durcir, ce qui fait ruisseler l'eau. Laissez 5 à 10 cm sans paillis autour de la base des vivaces et du tronc des arbres : du paillis collé contre la tige la fait pourrir et attire les campagnols l'hiver.
Où arroser un arbre ou un arbuste ? La première année, arrosez sur la motte, au pied. Une fois la plante bien installée, ses racines s'étendent tout autour, jusqu'à un mètre au-delà du bout des branches. C'est cette zone qu'il faut mouiller, pas le tronc : un tronc toujours humide pourrit.
Comment savoir s'il faut arroser
Avant d'arroser, le test du doigt. Enfoncez un doigt dans la terre jusqu'à la deuxième jointure, soit 5 à 7 cm. Si la terre est fraîche et humide à cette profondeur, n'arrosez pas.
Après l'arrosage, le test du tournevis. Il vous dit jusqu'où l'eau est descendue : un tournevis de 15 cm s'enfonce presque seul dans une terre mouillée et bloque dans une terre sèche. En argile, il bloque même dans une terre humide : faites d'abord l'essai sur un endroit que vous venez d'arroser, pour comparer.
Dans une plate-bande bien établie, arrosez jusqu'à ce que le tournevis s'enfonce facilement.
- En terre ordinaire (ni sablonneuse ni argileuse) : en juillet, un long arrosage tous les huit à dix jours.
- En terre sablonneuse : deux arrosages plus courts dans le même intervalle.
Ne surestimez pas la pluie. Une averse de 5 mm mouille à peine un centimètre de terre : elle ne compte pas, même si l'asphalte est trempé. Ne comptez que les pluies d'au moins 15 mm. Et sous un abri, le long d'un mur ou sous une haie de cèdres, il tombe beaucoup moins de pluie.
Arrosez le matin
En plein après-midi, une partie de l'eau s'évapore avant d'entrer dans le sol. Surtout, un feuillage mouillé le soir reste mouillé toute la nuit, et plusieurs maladies des feuilles (tache noire du rosier, septoriose, anthracnose, mildiou) ont justement besoin de quelques heures d'humidité pour s'installer. Arrosé le matin, le feuillage sèche en une heure ou deux.
Contrairement à une croyance répandue, les gouttes d'eau au soleil ne brûlent pas les feuilles.
Le blanc (une poudre blanche sur les feuilles, fréquente sur le phlox et le lilas en août) fait exception : il se développe dans l'air humide, pas à cause de l'arrosage. Il est plutôt lié au manque d'air entre les plantes et à la variété choisie.
Si vous ne pouvez arroser que le soir, arrosez au pied, sans mouiller le feuillage.
La première saison : surveillez la motte
Une plante qu'on vient de planter a toutes ses racines dans sa motte, faite de terreau. Ce terreau ne prend pas l'eau au même rythme que la terre du jardin : la motte peut rester sèche au milieu d'une plate-bande arrosée. C'est pour ça qu'on fait une cuvette au-dessus de la motte en plantant : l'eau doit tomber directement sur elle.
- Les quatre à six premières semaines : oubliez le calendrier. Vérifiez la motte au doigt tous les deux ou trois jours, et arrosez dès qu'elle est sèche à 5 cm. Par 30 °C, ce sera souvent tous les deux jours.
- Quand de nouvelles racines sortent de la motte, vers la fin de l'été : un arrosage par semaine s'il ne pleut pas, deux en canicule.
Quantités à prévoir :
- 5 à 10 litres pour une vivace ;
- 10 à 20 litres pour un arbuste ;
- pour un arbre, une dizaine de litres par 2,5 cm de diamètre de tronc, soit 20 à 40 litres pour un tronc de 5 à 10 cm.
Prévoyez environ deux saisons de ces soins pour un arbuste, trois pour un arbre, et plus s'il était gros à la plantation.
Ensuite, ça dépend des plantes. Une fois bien installées, l'échinacée, l'achillée, le liatris, la fétuque et le genévrier passent un été normal en zone 5 sans arrosage. Les hostas, astilbes, hydrangées, phlox et cornouillers ont besoin d'eau même adultes : une seule journée de soif en canicule peut griller le feuillage d'une astilbe ou d'une hydrangée pour toute la saison. Les heuchères, elles, craignent surtout l'eau qui stagne.
Une plante molle n'a pas toujours soif
Une plante peut aussi faner parce qu'elle a trop d'eau : dans une terre détrempée, les racines manquent d'air et n'absorbent plus rien. Les symptômes ressemblent à ceux de la soif. Alors, mettez toujours le doigt dans la terre avant d'arroser :
- la terre est détrempée : arrêtez d'arroser. Des feuilles du bas jaunies et une odeur aigre confirment le trop-plein d'eau ;
- la terre est sèche à 5 cm : arrosez abondamment. Si la plante fane depuis peu, elle devrait se redresser dans la journée.
N'arrêtez pas d'arroser en septembre
La saison d'arrosage se termine quand le sol gèle, pas quand la chaleur finit. Les conifères, le buis et le rhododendron perdent de l'eau par leurs feuilles tout l'hiver, alors que leurs racines, prises dans le sol gelé, n'en absorbent plus. Une motte sèche en novembre, c'est un feuillage brûlé en mars. La « brûlure d'hiver » qu'on attribue au froid est presque toujours causée par une sécheresse d'automne.
Continuez donc d'arroser à l'automne s'il ne pleut pas, puis donnez un arrosage lent et abondant à la fin d'octobre ou au début de novembre, tant que l'eau pénètre encore dans le sol :
- 20 à 40 litres pour un arbuste ou un jeune arbre ;
- une dizaine de litres par mètre de haie de cèdres.
C'est le plus important pour les plantes qui gardent leurs feuilles l'hiver et pour tout ce qui a été planté dans l'année. Une fois le sol gelé, c'est fini jusqu'au printemps.
En résumé
- Arrosez rarement, mais longtemps : les racines descendent seulement si l'eau descend. Le paillis garde cette eau dans le sol.
- Le doigt à 5 cm vous dit s'il faut arroser ; le tournevis vous dit jusqu'où l'eau est descendue. Une averse de 5 mm ne compte pas.
- Arrosez le matin, pour que le feuillage ne reste pas mouillé la nuit.
- Les quatre à six premières semaines, vérifiez la motte tous les deux ou trois jours. Bien installées, beaucoup de vivaces de plein soleil passent l'été sans arrosage.
- Un dernier arrosage abondant avant le gel du sol protège les conifères et les plantations de l'année.

